Maison solaire - Une architecture progressiste

Alain Hochereau
Maison solaire - Une architecture progressiste


L'équipe d'étudiants montréalais qui a participé au troisième Décathlon solaire de Washington peut être fière de son classement à un concours international de haut niveau. Alors que la maison solaire qu'elle a présentée s'apprête à être reconstruite près de la Biosphère, c'est l'occasion d'évoquer les enjeux qui se dissimulent derrière ce projet.



UNE ÉQUIPE QUÉBÉCOISE À WASHINGTON

On en a beaucoup parlé depuis l'automne: une équipe multidisciplinaire d'étudiants québécois partait à Washington, du 12 au 20 octobre dernier, pour représenter le Canada au Décathlon solaire du Département de l'énergie des États-Unis. Ce concours international consiste, depuis trois ans, à faire travailler vingt équipes à la construction de maisons fonctionnant exclusivement à l'énergie solaire, qui sont jugées autant pour leur performance énergétique que pour leur confort et leur esthétique. Notre équipe s'est vaillamment comportée, se classant huitième, selon une grille de dix critères d'évaluation. Dans certains cas, elle a même excellé, finissant cinquième pour l'éclairage, quatrième pour l'ingénierie et deuxième pour le confort. D'ailleurs, le vote des participants lui a octroyé une deuxième place! Derrière ce succès, plusieurs enjeux se dessinent, sur lesquels il est bon de s'attarder un peu.

TRAVAILLER ENSEMBLE

L'équipe québécoise était constituée d'étudiants en génie, en architecture et en design provenant de différentes universités (de Montréal, McGill et l'École de technologie supérieure). "Ça n'a pas toujours été facile de s'entendre; mais comme, dès le départ, nous avions établi des critères très stricts pour définir notre projet, on parvenait toujours à régler les conflits", se souvient le capitaine de l'équipe, Michaël Chapman. En général, ingénieurs et architectes travaillent séparément sur des projets communs, ce qui empêche de pondérer chaque décision par les préoccupations de chaque discipline et donc d'obtenir des bâtiments à la fois plus performants et mieux conçus. "En pratiquant ce mode de travail intégré pour le Décathlon, les étudiants se sont placés à l'avant-garde de leur discipline", souligne Simon Jones, professeur à l'Université McGill, impliqué dans le projet. Celui-ci estime que ce mode de fonctionnement devrait se généraliser dans les années à venir.

L'ÉNERGIE SOLAIRE, TOUJOURS D'ACTUALITÉ

Avec la crise pétrolière de 1973, l'énergie solaire a été beaucoup développée dans les années 70 en Amérique du Nord. Et puis, il semble qu'on l'ait un peu laissée de côté. Pourtant, il n'en est rien! La création du Décathlon solaire par le Département américain de l'énergie en est une preuve. Bien sûr, la technologie actuelle ne permet pas d'obtenir des projets rentables. Le pavillon de l'équipe québécoise aura nécessité 500 pieds carrés de cellules photoélectriques pour rendre habitable moins de 600 pieds carrés. La maison reviendrait à 300 000 $, dont 120 000 $ pour le système électrique seulement. Néanmoins, Simon Jones estime que "ce genre de projet devrait devenir viable sur le plan économique d'ici moins de dix ans". En effet, tandis que le prix des énergies non renouvelables devrait augmenter, les panneaux photovoltaïques devraient devenir plus performants et moins coûteux, et même être intégrés dans les bâtiments de façon standard.

LA MAISON SOLAIRE DE DEMAIN

Et à quoi devrait ressembler la maison solaire de demain? Un des mérites de l'équipe québécoise aura été de s'attacher à donner à son prototype une allure conviviale, autant à l'extérieur qu'à l'intérieur. "Cette préoccupation était présente dès le début, pour offrir un espace habitable attrayant, différent de l'architecture écolo habituelle", rapporte Steven Somogyi, chargé de cours à l'Université de Montréal. En façade, la maison ressemble à une résidence classique, malgré son toit solaire incliné et sa grande fenestration. À l'intérieur, l'espace reste aéré et bien conçu, malgré la présence d'une pièce technique et d'un plafond à double inclinaison avec une charpente apparente. "C'est une maison comme une autre. La différence, c'est qu'il faudrait consommer l'énergie avec plus d'attention", fait remarquer Michaël Chapman. D'ailleurs, l'étudiant de l'ETS ne croit pas qu'une telle maison serait viable au Québec. "Compte tenu de notre ensoleillement hivernal, il faudrait se brancher sur Hydro-Québec pendant la saison froide, en utilisant le crédit d'électricité que le surplus de production de la maison aurait dégagé en été." Alors, la maison solaire pourrait bien être pour demain, au moins de façon mixte. Pour en avoir un avant-goût, il suffira d'aller visiter le prototype de l'équipe québécoise. Après son rapatriement de Washington, la Biosphère a commandé sa reconstruction prochaine juste à côté du musée de l'environnement montréalais.

www.solarmontreal.ca


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