Hériter d’un château : "une histoire de manches retroussées !"

Pauline Polgar
DR

DR


Construit par un gentilhomme de la Maison du Roi vers 1660, le Château de Léhélec, à Béganne dans le Morbihan, a vu se succéder depuis 13 générations de la même famille, les Le Mintier. 400 ans de transmission, ou l’histoire de la sauvegarde d’un patrimoine familial.



1578 : François le Mintier, gouverneur de Redon, épouse Marie Bocan, dame de Léhélec. Le couple s’installe dans un manoir dans ce village du Morbihan (aujourd’hui rattaché à Béganne). Vers 1660, leur petit-fils, Jean Le Mintier, l’un des 100 gentilshommes de la Maison du Roi, fait construire un château. Aujourd’hui, le château de style Louis XIII et ses dépendances des XVIe et XVIIIe siècle, entourés de verdure, sont toujours habités par la même famille. 400 ans de transmission : une continuité qui a failli se briser deux fois, comme nous le raconte l’actuel propriétaire, Marc Le Mintier de Léhélec.

"Le 12 juin 1827, François Le Mintier, Marquis de Léhélec, Maréchal de camp et maire de Vannes décède célibataire, sans enfant." Le légataire universel, son cousin germain, Annibal Le Mintier, reprend le flambeau. Les générations se succèdent, jusqu’à ce que Pierre Le Mintier, sans enfant, doive trouver un héritier. "Mon père, Jean, a alors racheté le château à son cousin qui en a conservé l’usufruit jusqu’à sa mort. J’ai ensuite repris le flambeau avec mon épouse et perpétué l’honneur d’habiter ce château."

DR



Des subventions revues à la baisse

Inscrit aux Monuments Historiques, la demeure s’étend sur plusieurs centaines de mètres carrés. Hériter d’un tel bien, "avant d’être un luxe, c’est une exigence", explique Marc. Et de raconter : "c’est d’abord une histoire de manches retroussées : tous les matins, je tonds une partie des trois hectares de pelouse, soigne les 400 hortensias, les 250 géraniums et les 100 rosiers, je taille les haies. J’ai souvent repeint mes fenêtres pour amortir le coût énorme de la restauration des lieux. D’autant que les subventions que je pouvais avoir autrefois se font plus rares actuellement." De par son inscription à l’inventaire et son ouverture au public – des visites sont organisées depuis 35 ans – la famille a droit à des subventions pour la restauration du lieu. "Mais avant, les subventions s’élevaient à 60 % des travaux. Aujourd’hui, pour refaire une toiture, on ne reçoit que 40 % de la somme nécessaire !" Le propriétaire est également tenu dans ce cas de refaire le bâtiment à l’identique et après autorisation. "Je ne peux pas faire n’importe quoi !"
Penser à la transmission

On imagine sans mal que c’est l’engagement de toute une vie. Quel sentiment peut-on avoir lorsqu’on se retrouve avec une telle charge ? "On le fait par amour familial et puis, on ne veut pas être celui qui va laisser tomber !" C’est une histoire de travaux sans fin, de vacances et de voyages impossibles... "On accepte en se disant ‘on verra’ ! Il faut bien être optimiste !" Il y a bien sûr des moments difficiles... "Quand on voit un mur s’écrouler par exemple, c’est dur."

Quant à la transmission... Le flambeau est prêt à être repris, peut-être par un des fils de cette famille de 4 enfants et 12 petits-enfants. Quels conseils pourrait-il donner à une personne qui hérite d’un tel bien ? "C’est une charge. Il faut être tenace, ne pas avoir peur, tenir le coup pour maintenir la propriété, qu’elle ne s’écroule pas. Chercher des subventions, organiser des mariages, des séminaires… C’est un temps plein !" Et c’est aussi un bonheur de raconter l’histoire de ces murs aux visiteurs de passage... Ils sont près de 3.000 à se presser aux portes du château chaque année.

Château de Léhélec – Béganne (56350)
Visite guidée tous les jours, sauf le mardi, du 1er juillet au 31 août, de 14h à 19h.
Visites en groupes et scolaires sur demande, du 1er juin au 30 octobre.
Tarif : 4 € (réduit : 2€, de 10 à 18 ans ; gratuit pour les moins de 10 ans)
T.                02.99.91.84.33       .

Source